
Chaque année, Octobre Rose est l’occasion de rappeler l’importance du dépistage et de la prévention du cancer du sein, mais également de mieux informer les patientes sur les conséquences possibles de la maladie et de ses traitements.
En tant qu’ophtalmologiste, je souhaitais profiter d’Octobre Rose pour aborder un sujet beaucoup moins connu : le lien entre cancer du sein, traitements anticancéreux et santé des yeux.
Sécheresse oculaire, irritation, larmoiement ou troubles de la vision peuvent parfois apparaître au cours de certains traitements. Plus rarement, certaines molécules peuvent être associées à des atteintes de la rétine ou du cristallin.
L’objectif n’est évidemment pas d’inquiéter les patientes, et encore moins de remettre en question l’intérêt de ces traitements essentiels, mais de savoir reconnaître les symptômes qui peuvent justifier un avis ophtalmologique.
Cancer du sein et yeux : pourquoi certains traitements peuvent-ils avoir des effets oculaires ?
L’œil est un organe complexe dont plusieurs structures peuvent être sensibles aux traitements systémiques.
La surface de l’œil, les glandes lacrymales, les glandes de Meibomius, le cristallin, la rétine ou encore le nerf optique peuvent être concernés par certains effets indésirables médicamenteux.
Les traitements du cancer du sein ont considérablement progressé au cours des dernières décennies. Selon le type de tumeur et son profil biologique, la prise en charge peut notamment associer chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie et traitements ciblés.
Certaines de ces thérapeutiques peuvent avoir des répercussions oculaires, dont la nature et la fréquence dépendent notamment de la molécule utilisée.
Sécheresse oculaire : l’un des symptômes à connaître
La sécheresse oculaire fait partie des manifestations décrites au cours de certains traitements du cancer du sein.
Les patientes peuvent ressentir des picotements, une sensation de sable dans les yeux, des brûlures, une rougeur, une sensibilité accrue à la lumière ou parfois une vision légèrement fluctuante.
Une revue scientifique récente consacrée aux traitements pharmacologiques du cancer du sein souligne d’ailleurs l’importance de mieux reconnaître et prendre en charge la sécheresse oculaire afin de préserver la qualité de vie des patientes.
Dans de nombreux cas, ces symptômes peuvent être améliorés grâce à une prise en charge adaptée : larmes artificielles, soins des paupières ou traitement d’une éventuelle dysfonction des glandes de Meibomius, selon le bilan ophtalmologique.
Tamoxifène et yeux : existe-t-il un risque pour la rétine ?
Le tamoxifène est une hormonothérapie largement utilisée dans la prise en charge de certains cancers du sein hormonodépendants.
Des complications oculaires ont été décrites avec ce traitement. L’Institut national du cancer cite notamment, parmi les complications rares du tamoxifène, la cataracte et des altérations de la rétine.
Une toxicité rétinienne spécifique, appelée rétinopathie au tamoxifène, est également connue des ophtalmologistes. Elle peut notamment s’accompagner d’anomalies maculaires visibles à l’OCT. La littérature récente continue d’étudier sa fréquence, ses facteurs de risque et les modalités optimales de surveillance.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une patiente prenant du tamoxifène développera une atteinte oculaire. Le bénéfice oncologique du traitement reste au centre de la prise en charge.
En revanche, l’apparition d’une baisse d’acuité visuelle ou de nouveaux troubles visuels mérite d’être signalée au médecin et peut justifier un examen ophtalmologique.
Et surtout : un traitement anticancéreux ne doit jamais être interrompu ou modifié de sa propre initiative pour un symptôme oculaire. Toute éventuelle adaptation doit être discutée entre l’équipe d’oncologie et l’ophtalmologiste.
Inhibiteurs de l’aromatase et sécheresse oculaire
D’autres hormonothérapies, notamment les inhibiteurs de l’aromatase comme l’anastrozole, le létrozole ou l’exémestane, peuvent également avoir des effets sur la santé oculaire.
Les études disponibles décrivent principalement une augmentation des symptômes de sécheresse oculaire et des anomalies de la surface oculaire et des glandes de Meibomius. Des complications rétiniennes ou neuro-ophtalmologiques ont également été rapportées, mais les données sont beaucoup plus limitées et certaines associations reposent notamment sur des cas cliniques.
C’est une distinction importante : tous les symptômes oculaires rapportés au cours d’un traitement ne signifient pas nécessairement que celui-ci en est la cause.
Quels symptômes doivent conduire à consulter un ophtalmologiste ?
Pendant un traitement pour un cancer du sein, il peut être utile de demander un avis ophtalmologique devant l’apparition de symptômes nouveaux ou persistants tels qu’une baisse de vision, une vision déformée ou floue, une gêne oculaire importante, une photophobie, une rougeur persistante ou une sécheresse oculaire marquée.
Une baisse brutale de la vision ou tout symptôme visuel aigu doit naturellement conduire à une évaluation rapide.
L’examen pourra être adapté au contexte et au traitement reçu. Lorsque la rétine ou la macula doivent être explorées, l’OCT (tomographie en cohérence optique) permet par exemple d’en obtenir des images très précises.
Octobre Rose : prendre soin de sa santé… et de sa vision
À l’occasion d’Octobre Rose, le message essentiel reste bien sûr celui de la prévention et du dépistage du cancer du sein.
Mais accompagner les patientes pendant leur parcours de soins signifie également prendre en compte leur qualité de vie et les éventuels effets secondaires de leurs traitements.
Les manifestations oculaires ne sont pas systématiques et beaucoup restent bénignes et accessibles à une prise en charge simple. Mais savoir qu’elles existent permet de les identifier plus tôt et de mieux les traiter lorsqu’elles surviennent. La littérature souligne notamment l’intérêt d’une meilleure reconnaissance des symptômes oculaires chez les patientes recevant certaines hormonothérapies.
En tant qu’ophtalmologiste, mon rôle est aussi d’accompagner les patientes dans ces situations, en coordination avec leur médecin traitant, leur oncologue et l’ensemble de l’équipe qui assure leur suivi.
En ce mois d’Octobre Rose, prenons soin de la santé des femmes dans toutes ses dimensions. 🎀


